L’Etat est-t-il incapable de répondre aux menaces contre la sécurité intérieure ?

Il n’y a pas qu’aux États-Unis que le thème de la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme s’invitent à la table des débats. En France, à la suite des événements de ces derniers jours liés à l’Euro de football, l’assassinat d’un couple de policier et les violences en marge des manifestations qui ont encore fait plusieurs blessés parmi les forces de l’ordre ce mardi 15, c’est toute la classe politique qui est mobilisée, alternant les déclarations et promesses de mesures. Au centre des préoccupations, la menace terroriste bien évidemment.

Une indignation unanime de la classe politique

À la tête de l’État, François Hollande dénonce un « acte incontestablement terroriste », précisant que la menace est sans doute très élevée et d’une « grande importance ». Tant pour Manuel Valls que pour Bernard Cazeneuve, la détermination est importante et la mobilisation des forces de l’ordre doit rester au maximum pour « vaincre » , selon les termes du premier ministre, ce nouveau mode d’attaque terroriste.

À droite, Nicolas Sarkozy a déclaré dans un communiqué : « En s’attaquant à des fonctionnaires de police pour ce qu’ils sont, en utilisant les moyens de la terreur, c’est la République qui est visée et la Nation entière qui est prise pour cible ». Le président du Sénat, Gerard Larchet, il est nécessaire que chacun prenne ses responsabilités, invitant le chef de l’État à prendre des mesures conséquentes pour que les valeurs de la République soient respectées. Beaucoup d’autres, comme François Fillon s’interrogent sur le fait que l’auteur de l’attaque, connu des services de police et déjà condamné, n’ait pas été mis hors d’état de nuire.

L’état manque-t-il d’autorité ?

C’est une question qui revient souvent, surtout à la lumière des débordements qui égrainent l’actualité en marge des manifestations qu’elles soient sociales ou sportives. En plein état d’urgence, de nombreuses voix s’élèvent contre ce qu’ils considèrent comme de l’incompétence voir du laxisme – comme la mise en liberté des auteurs de l’incendie du véhicule de police ou la persistance des violences contre les biens. À droite, mais aussi à gauche, les exaspérations sont croissantes, les uns réclamant l’interdiction pure et simple des manifestations, les autres un durcissement des mesures sécuritaires et l’application stricte des mesures pénales.

Difficile pour le gouvernement de répondre à toutes les critiques qui se mélangent entre la lutte contre la loi travail et maintenant la menace terroriste et le hooliganisme. D’autant que certaines concerne le pouvoir judiciaire qui, on le rappelle est indépendant. Les réponses sont donc cinglantes à la tête de l’État. François Hollande a rappelé que l’opération sentinelle a permis le déploiement sur l’ensemble du territoire des services de police, de l’armée et des services du renseignement. Pour Manuel Valls, c’est une question de temps et d’adaptation aux nouvelles menaces, mais il n’est pas question de mettre en place de nouvelles mesures à chaque nouvelle menace.

Un aveu d’impuissance ?

En face de situations difficiles, particulièrement violentes et de menaces terroristes, il est tentant de reprocher au gouvernement son manque de réaction. Il faut aussi nuancer et ne pas oublier que les forces de l’ordre sont sollicitées au quotidien et qu’elles ne peuvent prévenir toutes les menaces. Le dispositif d’état d’urgence mis en place du fait des attentats a permis de mettre en place des actions importantes et de mettre hors d’état de nuire de nombreux individus. L’État n’a pour autant pas la capacité, en terme de moyens humains, matériels mais aussi légaux, de mettre un policier derrière chaque personne. La priorisation est donc de mise.

C’est Bernard Cazeneuve qui a rappelé, fort justement d’ailleurs, après avoir détaillé les différents types de menaces, que celle du passage à l’acte isolé d’individus est la plus difficile à prévenir : « Ils peuvent passer à l’acte à tout moment sans qu’ils soient nécessairement connus de nos services et, quand ils le sont, sans que nécessairement nos interceptions de sécurité et les mesures de surveillance aient révélé un passage à l’acte imminent et sans qu’il existe des preuves concernant ces individus permettant leur incarcération ».

Au final, peut-être que le gouvernement manque d’autorité, que cela pourrait être considéré comme un aveu d’impuissance, mais il ne faut pas oublier que la République a des règles judiciaires, et qu’il serait saugrenu, sinon dangereux de passer outre. Pour autant, face à des petits groupes d’individus perturbateurs, il est judicieux de s’interroger sur la pertinence des certaines décisions prises. Comment réagir face à des actes qui mettent clairement l’État et la sécurité des Français en danger ? La réponse classique à des situations extraordinaires est-elle la bonne ?

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